19 novembre 2008

Enquêtes urbaines : Startine place des Victoires

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Sur le blog de paris-en-photos

je suis tombée sur ce post

de SurfAnna, son auteur…

Un peu de musique ? car il y en a une tartine ;-)

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Bon, je vous mets un agrandisement et je recopie car en 400 pixels, c'est illisible :
Un magnifique médaillon / blason / armoirie à l'effigie de la statue équestre de la Place des Victoires (1er arrondissement, à deux pas du Louvre). Je vous montrerai bientô une photo de la vraie statue, mais en attendant, je n'ai pas pu résister à l'envie de mettre enfin la photo de ce blason, que j'ai découvert avec surprise !
Remarquez surtout la mention en bas du blason : "Marque de Fabrique" -de la place des Victoires ??!?…

Vous connaissez mon goût pour les enquêtes (cf le Tacheles). Alors, ni une, ni deux, Startinette a réouvert l'enquête. Cette place est l'une de mes préférées, au niveau esthétique.

Mon seul regret est qu'il n'y ait pas un bistrot pour pouvoir la contempler tout à loisir… et lorgner sur les shopping addicts qui dévalisent les boutiques alentour.

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Je suis retournée sur le lieu du délit vendredi, tout en sachant que cette balade in situ me livrerait bien moins d'indices qu'une recherche fouillée sur internet. Voici l'immeuble, à l'enseigne Crédit du Nord :

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Donc me voici partie en chasse sur la toile. D'abord, repérer à quel numéro se situe l'immeuble. On sait qu'il est à l'angle Etienne Marcel / Place des Victoires. Sur Mappy, cela me donne le N° 7.
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Au passage, j'ai trouvé le plan de la place tel qu'en 1700. On voit que le croquis dessiné par Jules Hardouin-Mansart perdit de sa perfection initiale avec l'élargissement de la rue de la Feuillade en 1828 . La courte rue La Feuillade tient son nom du courtisan qui se ruina pour faire édifier cette place en l'honneur de Louis XIV dont il croyait ainsi s'attirer les bonnes grâces, et se jette dans la rue Croix-des-Petits-Champs. Le percement de la rue Etienne-Marcel, en 1883, entraîna la démolition de l'hôtel de la Pomponne qui complétait ce site majestueux.

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Bien sûr, l'histoire de la statue équestre trônant au centre de la place des Victoires, qui fut changée trois fois, mériterait à elle seule un post. On verra cela un autre jour. Tout comme celle de l'hôtel de Pomponne.

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Passons au N°7. Sur Paris Pittoresque, j'ai retrouvé un livre ancien en ligne :

"Histoire de Paris rue par rue, maison
par maison" par Charles Lefeuve, 1875

Ce livre est une vraie mine. C'est un chronique people de l'époque, qui parle des habitants du Paris du XVIII° siècle. Je ne sais pas qui a pris la peine de le numériser, sans doute Google. Merci.

Et voici ce qu'il raconte pour le N° 7 (clin d'oeil de l'Histoire, aujourd'hui, il est occupé par LE CRÉDIT DU NORD)

Bientôt la caisse du chevalier Bernard était au 7. Ce traitant, beaucoup plus connu sous le nom de Samuel Bernard, avait fait sa fortune sous le ministère Chamillard ; Louis XIV, qui avait figuré parmi ses débiteurs, lui avait accordé des lettres de noblesse. M. de Boulainvilliers possédait encore, sous Louis XVI, la propriété de Bernard, son aïeul ; seulement un Voyer-d'Argenson y avait fixé sa demeure. M. Monchy et Lemée, qui étaient fermiers généraux, occupaient deux des autres maisons de la place, du vivant de l'opulent Samuel. Disons plus : le célèbre Law fut quelque temps au 2 et au 4, échus plus tard à M. Bergeret.

Voici un portrait de Samuel Bernard.

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Sa biographie telle qu'elle figure sur WIKIPEDIA :

Samuel Bernard, comte de Coubert, né à Sancerre le 29 octobre 1651 et mort le 18 janvier 1739, est un financier français. D'origine hollandaise, Samuel Bernard est le fils du peintre et graveur Samuel-Jacques Bernard (1615-1687). Sa famille était protestante, mais son père, selon les souvenirs apocryphes de la marquise de Créquy, « avait embrassé la secte d'Arminius [et] avait été contraint à s'expatrier ».

Une lettre signée de sa main.

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Riche banquier à Paris, à l'époque de la révocation de l'Édit de Nantes, il abjure le protestantisme. il crée la Compagnie française de Guinée. Qualifié par Saint-Simon de "plus fameux et le plus riche banquier de l’Europe", il prête des fonds importants au royaume sous les règnes de Louis XIV et Louis XV. Il profite auparavant des décisions de Pontchartrain, ministre de la Marine de Louis XIV de 1690 à 1691, autorisant la mise en vente des marchandises saisies en piraterie.

Louis XIV, à bout de ressources, doit notamment avoir recours à lui en 1708 pour financer la guerre de Succession d'Espagne. Samuel Bernard est anobli en 1699 par Louis XIV et créé « comte de Coubert » par Louis XV en 1725.

Nous avons identifié l'un des habitants du N° 7, et sans doute ses descendants y ont-ils habité jusqu'à la fin du XVIII.

Mais revenons à nos moutons : le fameux blason à l'angle de la rue Etienne Marcel et de la place des Victoires !

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Là, la documentation est moins précise, mais il semble qu'après les heures de gloire du règne de Louis XIV, le quartier soit tombé aux mains des commerçants :

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"C'est seulement en 1830 que des enseignes commerciales purent barioler à leur aise ou dissimuler les arcades, soubassement sur lequel il s'élève un grand ordre de pilastres ioniques : des émigrants de la rue des Bourdonnais colonisaient la place des Victoires, le lendemain d'une révolution qui, devant un commerce de la reconnaissance, lui livrait, à titre d'acompte, une place jusque-là vierge d'inscriptions, comme la place Vendôme."

Notre blason daté de 1885 remonte à cette époque.

Une autre source nous met sur la piste des fabricants de châles :

979738690.2.png"La place des Victoires est, depuis plusieurs générations, un haut lieu de la mode. Il attirait, au siècle dernier, les jeunes filles qui rêvaient de cachemire que leur futur statut d'épouse leur permettrait de porter. Comme les bijoux et les dentelles, les châles faisaient partie de la corbeille de mariage offerte par le fiancé. La plupart des châliers en vogue à l'époque étaient installés sur la place, dans l'actuelle rue Etienne-Marcel (rue Neuve Saint-Eustache en ce temps là) ainsi que dans les rues avoisinantes."

D'ailleurs, une photo trouvée sur Paris Avant atteste de cette évolution du quartier. Sur la façade du N° 7 trône une enseigne "Muller" et au n° 5 : "Tissus Doubles - Soieries".

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On peut donc conclure avec une marge d'erreur

restreinte qu'en 1885, un atelier de châles

tenait boutique au N° 7 et qu'en clin d'oeil,

il choisit la statue équestre de Louis XIV

comme marque de fabrique de ses créations.

 

Pour parcourir Paris en images,

vite sur paris-en-photos !

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Trackbacks

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Commentaires

AnnaSurf ? Naaaaaan, c'est pas moi :-)

Ecrit par : Anna | 19 novembre 2008

Startine, bravo pour cette nouvelle enquête.

En te lisant, j'avais l'impression de te suivre pas à pas.

Grâce à toi, je sais que je vais redécouvrir certains coins de Paris avec un oeil nouveau, tes explications bien en tête. Merci !!!

Ecrit par : Miss You | 19 novembre 2008

Startine, enquêtes et filatures en tous genres :-))
Prix modiques, résultats assurés… mdr

Ecrit par : startine | 19 novembre 2008

Coucou Startine, merci pour cette magnifique enquête, soulevée par mon simple post photo. :)
C'est impressionnant ! Super aussi le site dont tu parles : Paris pittoresques, c'est passionnant de connaître l'histoire des lieux qu'on côtoie tous les jours.
Sinon, mon pseudo c'est plutôt SurfAnna. AnnaSurf, je l'utilise qu'à un seul endroit sur le web, et je le trouve moins sympa. ;-)

Je cours de ce pas mettre mon post sur la blason à jour, pour y intégrer un lien vers ton enquête !

Ecrit par : SurfAnna | 19 novembre 2008

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